La Manche et sa côte balayée par les vents, les tempêtes et les déferlantes. Sur cette côte: La Hague. La narratrice, dévastée après la perte de l’homme dont elle s’était enivrée, quitte la Camargue pour occuper un poste d’ornithologue dans un petit coin reculé de la Manche. Une sorte de fuite pour échapper à tout ce qui aurait pu lui rappeler son bonheur et son amour perdus. La vie sociale d’une grande ville contre l’isolement d’un minuscule village, la douceur du sud contre la rudesse des déferlantes ; là, elle s’installe dans une petite maison au raz des vagues, battue par les vents et elle va petit à petit se fondre dans le paysage, se faisant accepter par les habitants de cette région âpre. Ils ont tous leur place dans ce décors fait de rudesse, de marins disparus en mer, de tempêtes et d’éclats de joie brutaux.
L'arrivée de Lambert, à la recherche de son histoire, va réveiller "la meute des fantômes " et mettre à mal "Les questions, les réponses, ce complexe tricotage de mensonges et de vérités. Les choses dites en décalé, celles dites seulement en partie et celles qui ne le seront jamais. Toutes les teintes du contre-jour." Son passé à lui, appartient à l’histoire du village : tous y ont pris part, et aucun ne veut lui raconter.
Pas de certitude au cœur de ce récit entre ciel et mer, dans ce moment que l'on se donne "entre bientôt et maintenant"...
Claudie Gallay dans Les déferlantes nous peint le portrait de deux solitudes, de deux êtres en déséquilibre : Lambert qui recherche des certitudes et la narratrice qui est taraudée par l’absence et l’oubli qui la remplace :"J'ai serré les poings. Comprendre quoi ? Qu'un jour on se réveille et qu'on ne pleure plus ? Combien de nuits j'ai passées, les dents dans l'oreiller, je voulais retrouver les larmes, la douleur, je voulais continuer à geindre. Je préférais ça. j'ai eu envie de mourir, après, quand la douleur m'a envahi le corps, j'étais devenue un manque,un amas de nuits blanches, voilà ce que j'étais, un estomac qui se vomit, j'ai cru en crever, mais quand la douleur s'est estompée, j'ai connu autre chose.
Et c'était pas mieux.
C'était le vide."
Les personnages qui évoluent autour de notre héroïne sont eux aussi particuliers : Raphaël, l’artiste torturé, qui depuis dix ans " cherche à sculpter le désir " nuit après nuit. Sa petite sœur, toute de mini jupes et de rencontres d’un soir, qui pétille au milieu des autres.
Lili, la tenancière du bar dans lequel tous les secrets se transmettent des uns aux autres : le seul endroit où l’on va se croiser, déverser son chagrin, se renseigner, et prendre part à l’histoire des autres. Claudie Gallay, elle, dans un paysage traversé par le fantôme de Prévert, sculpte le manque avec des mots âpres et denses, sculpte l'espace des phrases. L’écriture, hachée, interpelle durant les premières pages. Et puis très vite, le rythme nous prend complètement, et ce récit bouleversant nous touche, et ne nous quitte plus.
Une remontée vers la lumière de la vie, non pas fulgurante, mais pas à pas , où les personnages marchent tous vers leur destin,s'extraient ou non de la gangue de pierre qui les emprisonne, apprennent ou non à marcher à deux. "Les Indiens Hopi disent qu'il suffit de toucher une pierre dans le cours d'une rivière pour que toute la vie de la rivière en soit changée.
Il suffit d'une rencontre."
Les déferlantes, Claudie Gallay, Editions J'ai lu, 8.00€

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