Alors que nous venons de célébrer la journée des droits de la femme, nous vous proposons de jeter un petit coup d’œil sur les conditions de vie de celle-ci dans un autre pays que la France, à travers deux récits se déroulant en Afghanistan.
Le premier livre, Le Libraire de Kaboul, Prix des Lecteurs 2004, est le témoignage d’une journaliste occidentale, Asne Seierstad, qui va passer six mois dans une famille à Kaboul, le printemps suivant le départ des talibans. Elle va vivre chez Sultan Khan, libraire à Kaboul. Elle nous fait partager la vie quotidienne des épouses, enfants, frères et sœurs d’une famille dont le chef incontestable est Sultan, l’amoureux des livres. Cette famille est issue d’une sorte de classe moyenne, si l’on peut parler d’une telle classe dans la société afghane. Certains de ses membres ont fait des études, plusieurs savent lire et écrire. Ils ne manquent pas d’argent et ne meurent pas de faim. L’auteur ne juge pas, elle raconte ce qu’elle a vu, ce qui lui a été confié, ce qu’elle a vécu, sans complaisance.
Ce qui frappe dans cet ouvrage, ce sont les contradictions permanentes entre le côté libéral de Sultan qui souhaite de tout son cœur que son pays devienne un pays moderne et qui sait parler avec chaleur de la libération des femmes, alors qu’au sein de sa famille, il reste le patriarche qui a autorité sur tous. Ainsi, par exemple, après seize ans de mariage, il décide de prendre une seconde épouse, sans se soucier le moins du monde des blessures et de l’humiliation que peut ressentir sa première épouse. « S’il n’est certes pas inhabituel qu’un homme prenne une deuxième, voire une troisième épouse, cela n’en reste pas moins humiliant. L’épouse délaissée se voit, quoi qu’il en soit, apposer une étiquette signalant qu’elle ne fait plus l’affaire. »
De façon générale, « le désir d’amour d’une femme est tabou en Afghanistan. Les jeunes gens ne peuvent prétendre à aucun droit de se rencontrer, de s’aimer, de se choisir. Les indisciplinés sont assassinés de sang froid. Quand un seul des deux subit la peine de mort, c’est toujours, sans exception, la femme. Les jeunes femmes sont avant tout un objet d’échange ou de vente. Le mariage est un contrat conclu entre les familles. » Ainsi, la belle sœur de Sharifa, première épouse de Sultan, fut assassinée par ses propres frères, sous prétexte que quelqu’un aurait vu un homme s’introduire chez elle par la fenêtre !
Un chapitre se penche plus particulièrement sur la burkha : « Les femmes en burkha sont comme des chevaux avec des œillères, elles ne peuvent voir que dans une direction. Là où les yeux s’amenuisent, le grillage cède la place à un tissu épais qui n’autorise pas le regard de côté. Il faut alors entièrement tourner la tête. C’est là encore une astuce de l’inventeur de la burkha : un homme doit pouvoir contrôler quelle personne ou quel objet sa femme suit des yeux » « La libération des femmes, en ce premier printemps après la fuite des talibans de Kaboul, se cantonne en général aux chaussures et au vernis à ongles ; elle n’est pas allée beaucoup plus loin que les bords de la burkha ».
En écho à ce livre, « Syngue sabour, pierre de patience », d’Atiq Rahimi est un hymne à la liberté et l’amour d’une femme afghane qui ose enfin exprimer à son mari moribond tout ce qu’elle n’a jamais pu lui dire durant leur vie commune. Ce livre est un recueil de toutes les douleurs et les espoirs de toutes ces femmes martyres, ces femmes de l’ombre. A travers des mots brûlants de rage et de désir, ce livre est avant tout le récit d’une libération.
Prix Goncourt en 2008, Syngue sabour vient de paraître en livre de poche.


Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire