Inch' Allah, le souffle du Jasmin de Gilbert Sinoué
L'écrivain nous propose une vaste fresque historique en deux volumes sur le Moyen- Orient, intitulée Inch'Allah. La première partie, Le Souffle du jasmin, qui vient de sortir, couvre la période allant de 1916 à 1956. La seconde, attendue à l'automne, guidera le lecteur jusqu'aux fameux attentats du 11 septembre 2001. Pour incarner son sujet, l'auteur a choisi de suivre quatre familles de la bonne société orientale: les Shahid de Haïfa, avec à leur tête Hussein, un armateur producteur d'agrumes; leurs amis Marcus, juifs venus de Pologne au début du siècle; les Loufti d'Egypte, dont le patriarche, Fari Loufti bey, est un gros planteur de coton; et enfin, les El-Safi de Bagdad. Tous, notables aux idées larges, voient d' un œil encore bienveillant ( et un tant soit peu crédule) les nouveaux maîtres des rives méditerranéennes.Mais les premières zones d'ombre apparaissent très vite. Le destin des quatre familles imaginaires se mêlent à celui de nombreux personnages historiques, de Ben Gourion à Nasser en passant par Churchill et Roosevelt. La grande et la petite histoire se répondent et G.Sinoué tente une description objective des événements qui ont fait du Moyen-Orient une poudrière. À travers le regard acéré d' un jeune diplomate du Quai d'Orsay, l'auteur nous fournit les clés de l'actuel chaudron proche-oriental. Au fil de ce roman vrai qui fait œuvre de vulgarisation, les responsabilités de l 'Angleterre mais aussi de la France , dans les souffrances endurées au Moyen-Orient à partir de 1916, sont mises en avant. Cette année là, le traité de Sykes-Picot a permis aux deux puissances européennes de se partager la région après la chute de l'Empire Ottoman. Elles avaient alors toutes les cartes en main pour que l'Égypte, la Palestine , la Mésopotamie devenue Irak, ou encore la Syrie vivent enfin loin de toute oppression. Mais ce ne fut qu'une succession d'erreurs et de trahisons. Ainsi l'incapacité des Anglais à comprendre et à accepter la soif de liberté de l'Égypte est très bien décrite. Enfin, il n'est pas étonnant que dans ces conditions, le beau et légitime rêve de la création de l'État d'Israël ne soit pas parvenu à se concrétiser autrement que dans d'innombrables bains de sang.

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